«Et si on mettait la campagne dans la
ville ?»
Les 9e Assises nationales des villes et villages fleuris se sont déroulées à Colmar, les 28 et 29 novembre 2002. La charmante cité alsacienne était particulièrement accueillante avec son marché de Noël et son massif vosgien recréé en plein centre-ville pour les fêtes. Après la déclaration d’ouverture de Michel Radelet, président délégué du CNVVF, Gilbert Meyer, député-Maire de Colmar et Martine Calderoli-Lotz, vice-présidente du Conseil régional d’Alsace, ont prononcé un chaleureux discours de bienvenue. L’implication des intervenants, leur expérience et leurs propositions ouvrent un large chantier de réflexion et d’action pour les années à venir.
Le mot de Gérard
Bornier, conseiller technique représentant Léon
Bertrand, secrétaire d’Etat au Tourisme.
Je remercie tous les organisateurs de ces 9e Assises, ainsi que les personnalités qui nous accueillent. Avec plus de 300 congressistes, dont un grand nombre d’élus, nous battons des records. Décideurs, coordinateurs, intervenants sont là pour chercher toujours plus de cohérence. Notre institution, déjà ancienne, est en perpétuelle modernisation. Le concours ne cesse d’élargir son audience avec 12 000 communes inscrites cette année. La constante augmentation de celles qui arborent le label 3 ou 4 fleurs est un gage de qualité de notre accueil. L’Alsace vient d’ailleurs en tête.
Vous avez réussi la mise en tourisme de ce patrimoine qui nous amène au thème de notre premier atelier, à savoir les nouvelles frontières du fleurissement. Dans ce domaine, l’intercommunalité peut être source d’inspiration et d’économies, mais elle ne doit pas supprimer les initiatives locales. Par ailleurs, la mobilisation du bénévolat est essentielle à la réussite de votre action. Cette question sera également au centre de vos débats pour en préciser les modalités. Rappelons enfin qu’il y a eu 25 millions de visiteurs de jardins en 2000. C’est un outil de développement local important. On en arrive à l’interrogation : «Et si l’on mettait la campagne dans la ville». Les intervenants vous feront part d’expériences au sein d’associations ou de la réflexion de chercheurs. Voici les travaux qui vous attendent au cours de ces deux journées qui s’inscrivent tout à fait dans le projet de développement durable et je ne doute pas un instant qu’ils seront extrêmement fructueux.
ATELIER N° 1 : Les nouvelles frontières du
fleurissement
Roland Jancel* : «Il faut que tous les jurés aient une conception homogène des nouveaux critères, pour que les «4 fleurs» et les «Grands prix» soient maintenus à bon escient».
Que d’interrogations sur l’évolution du fleurissement. Nous vivons une période de transition, d’incertitude, où les repères se déplacent et où les habitudes sont bouleversées.
Il ne faut cependant ni craindre ni bouder ce changement :
- d’abord, parce que la majorité d’entre nous l’appelaient de leurs vœux,
- ensuite, parce qu’il répond à l’évolution de la société,
- enfin, parce qu’il prouve que le CNVVF est un organisme vivant et, comme tel, capable de s’adapter en actualisant ses objectifs.
Parmi les acteurs, les jurys ont un rôle essentiel, non plus seulement de censeurs, mais aussi de pédagogues, orientant les candidats pour les faire passer du concept de «Fleurissement», mot ambigu ne figurant pas dans le dictionnaire, à celui de «mise en valeur végétale et florale du cadre de vie». Encore, faudra-t-il que tous les jurés aient une conception homogène des nouveaux critères, de telle sorte que les «4 fleurs» et les «Grands prix» soient maintenus à bon escient.
Même si l’approche peut et même doit être modulée selon la dominante urbaine ou rurale, je souhaiterais rappeler ici quelques objectifs incontournables pour bien figurer au palmarès :
- afficher une stratégie globale sur l’ensemble de la commune, du centre ville aux espaces naturels, en passant par les entrées, les grands axes et les équipements publics.
- Intégrer dans cette stratégie l’arbre, l’arbuste, la vivace et l’espace enherbé, aussi bien que les traditionnels gazons, annuelles et bisannuelles.
- Fleurir les quatre saisons, car le citoyen vit toute l’année dans sa commune.
- Abandonner l’excessive exubérance, pour aboutir à une décoration plus sobre et élégante.
- Moderniser le dessin et les compositions. Pourquoi d’ailleurs ne pas dépoussiérer la mosaïque, gage de maîtrise professionnelle, en lui donnant un style contemporain ?
- Elargir la palette végétale, en maîtrisant toujours les caractéristiques et les besoins des nouvelles plantes.
- Hiérarchiser cette palette végétale et le style des compositions, du centre ville à la périphérie.
- Communiquer, animer, impliquer le public : les finances municipales ont leurs limites. Le fleurissement privé, apport parfois non négligeable, est aussi une ouverture vers la citoyenneté. Une jardinière au balcon, quelques fleurs au pied d’une façade, un vrai bouquet sur une table de restaurant, c’est aussi cela «l’esprit fleurissement».
- Enfin et peut-être surtout, respecter et faire respecter l’environnement, en adoptant des pratiques compatibles avec un développement durable, en maîtrisant la publicité et en gérant la propreté au quotidien !
Tout lieu peut être investi, pour peu qu’on y mette suffisamment d’imagination, de savoir-faire artistique et de pugnacité. Le monde du jardinage est un espace ouvert où il est encore possible de se faire plaisir en rendant les autres heureux.
*Roland jancel est président honoraire de l’Assocation française des directeurs de jardins et espaces vert publics, directeur retraité des espaces verts de Nantes.
Florence Pultier suit le fleurissement pour le Conseil général des
Hauts-de-Seine, un département petit par la taille, mais dont l’approche des
animations jardin est très large.
Le département des Hauts-de-Seine compte 36 communes, dont le nombre d’habitants va de 1 598 (pour Marne-la-Coquette) à 107 368 pour Boulogne-Billancourt. Ce territoire très urbanisé, bordé par la Seine, possède cependant 7 830 ha d’espaces verts, soit 45 % de la superficie totale, ce qui représente 55 m2/habitant. Sur ces 36 communes, 29 ont participé en 2002 : 12 au niveau départemental, 14 au niveau régional et 3 au niveau national. En outre, 20 communes organisent le concours des maisons fleuries. 20 lauréats départementaux ont été récompensés par le Conseil général et 58 lauréats communaux.
«Pour animer le
mouvement et susciter les participations, nous organisons de nombreuses
manifestations : fêtes des fleurs, potagers scolaires, plantation d’arbres
par des collectifs de quartier, animations à thème... En partenariat avec le
CAUE 92, nous avons mené un certain nombre d’actions :
- un colloque sur les
jardins de proximité;
- des journées de
visites proposées aux élus et aux
agents des services d’espaces verts. La première journée a permis de mieux
comprendre comment le fleurissement et la gestion des espaces verts peuvent
faire partie d’une réflexion globale de développement durable. La seconde
illustrait comment le fleurissement peut devenir un facteur de développement
touristique et d’amélioration du cadre de vie.
Nous avons établi un
cadastre vert, outil d’évaluation du patrimoine vert communal. Nous avons aussi
fait une estimation exhaustive de l’ensemble des arbres du département (2 600
000). Cela nous a naturellement conduits à dresser l’inventaire des arbres
remarquables (4 375 sujets)», explique Florence Pultier.
Un dossier d’information sur le concours et des
brochures à thème sont régulièrement diffusés.
Enfin, toutes les ressources documentaires sont mises à la disposition de tous, avec le Cedre (Centre d’études, de documentation et de recherche) et la Maison de l’environnement des Hauts-de-Seine.
Louis Tascon, du Comité départemental du Morbihan, explique que,
chez lui, une prestation d’assistance et de conseil a été mise en place pour les
communes volontaires…
L’embellissement du cadre de vie va bien au-delà du seul fleurissement. Pour notre part, nous prenons en compte le respect de l’environnement et du caractère rural de la commune; la qualité de l’urbanisme et de la voirie; la propreté des espaces publics; la qualité du mobilier urbain. Nous militons, bien entendu, pour tous les points énumérés par M. Jancel, et par dessus tout, pour le bon sens et la mesure. Nous efforçons progressivement de passer de la théorie à la pratique et voici une expérience d’animation que je livre aujourd’hui à votre réflexion. Je précise qu’il s’agit d’une tentative récente, élaborée en 2001 et engagée en 2002. Nous restons lucides : nous savons bien que ces principes d’embellissement ne seront pas tous, au moins pas tout de suite, suivis d’effet. Il ne s’agit pas pour nous de constituer un courant dogmatique, encore moins une mode. Notre objectif, c’est d’aider les communes à se forger une identité culturelle à laquelle le végétal contribue autant que le patrimoine, l’habitat ou l’économie, et cela pour un développement durable que l’on veut fondé sur la créativité, l’originalité, et donc la diversité d’une commune à l’autre.
Dans un premier temps, nous les avons toutes informées de nos
intentions et nous avons proposé aux seules communes volontaires, après sondage,
une prestation d’assistance et de conseil.
Sur 261, elles ont été, en 2002,
44 à s’engager dans cette voie (elles seront au moins 12 de plus en 2003), sans
renoncer bien sûr aux concours traditionnels. Parmi elles, nous avons les
communes labellisées 1 fleur ou plus, ainsi que des communes de plus de 5 000
habitants. Nous avons mis à leur service cinq équipes pluridisciplinaires,
soudées et cohérentes, composées de quatre personnes bénévoles appartenant au
secteur qui nous intéresse (CAUE, directeurs d’espaces verts, professionnels de
l’horticulture, associations de défense de l’environnement, représentants de
sociétés d’horticulture, enseignants d’écoles d’agriculture ou d’horticulture et
même quelques professionnels du secteur privé).
Ces équipes effectuent trois
visites par an sur un thème précis. Ainsi, nous avons abordé, en 2002 : le
centre-ville/bourg; les zones d’activité et les entrées d’agglomération; la mise
en valeur du patrimoine. En 2003, nous traiterons de l’animation politique de
l’embellissement par les élus locaux.
Pour ces visites, nous souhaitons toujours la présence (hélas pas forcément effective) des élus, de leurs techniciens ou des bénévoles, pour réaliser un diagnostic d’éveil. Restant dans les limites du conseil informel, celui-ci donne des éléments de réflexion aux élus, pour dialoguer ou négocier avec l’homme de l’art. Il fait l’objet d’un rapport de visite élaboré et rédigé par l’équipe, qui est transmis aux communes, en décembre, par le CDT, pilote de l’opération. Il fera ensuite l’objet d’une réunion de travail en janvier/février, en présence de toutes les personnes concernées. A cette occasion, la commune peut préciser au groupe de travail les raisons pour lesquelles tel ou tel aménagement a été ou n’a pas été fait; définir des objectifs en matière d’embellissement; établir une programmation à court, moyen et long terme. Quant à l’équipe conseil, elle fournit un diagramme d’évaluation qui permettra, d’année en année, de mesurer les efforts de la commune au niveau des chantiers d’embellissement qui auront été retenus en commun. Un prix départemental d’embellissement durable, créé par le Conseil général, pourra être attribué en 2003 et sa mise en œuvre accompagnée par le Conseil national des villes et villages fleuris.
Le budget propre de cette opération particulière d’assistance-conseil a été de 4 573 euros, hors salaire et charges.
Nous pourrons dresser le bilan, sur les 44 communes concernées, dans deux ou trois ans.
Jean-Luc Pecqueux, juriste pour l’Agence française d’ingénierie
touristique, rappelle que le fleurissement peut être intégré dans
l’intercommunalité, mais que ce n’est pas obligatoire…
Le fleurissement se concrétise par des actions sur le paysage, l’environnement et le cadre de vie, mais aussi par des opérations de communication à caractère touristique ou à vocation locale. Les services des espaces verts en charge du fleurissement, selon la taille et l’organisation des communes, sont rattachés à l’urbanisme, l’aménagement, l’environnement, le cadre de vie ou même parfois les sports.
Quant à l’intercommunalité, après un empilement de textes, la loi Chevènement (du 12/07/1999 sur le renforcement et la simplification de la coopération intercommunale) est venue clarifier le paysage juridique en supprimant les districts et les communautés de villes et en prévoyant dorénavant, à côté des syndicats maintenus, trois formules de regroupement : les communautés de communes, d’agglomération et urbaine. A ce propos, il ne faut pas confondre la loi Chevènement, qui traite de l’exercice des compétences et du pouvoir local, avec la loi Voynet du 25/06/1999, relative à l’aménagement et au développement durable du territoire qui concerne uniquement la gestion de projets communs.
Les nouvelles dispositions concernant l’intercommunalité demandent aux communes de transférer un certain nombre de compétences au niveau communautaire. Toute compétence transférée est alors perdue par les communes et les services qui en dépendent sont alors placés sous la coupe du conseil communautaire. Selon la formule d’intercommunalité choisie (CC, CA ou CU), les communes devront exercer en commun certaines compétences obligatoires, choisir un certain nombre d’autres compétences parmi une liste et en rajouter d’autres si elles le désirent. En règle générale, l’intercommunalité n’exercera que les compétences expressément déléguées et répondant à un intérêt communautaire. Parmi les compétences obligatoires ou optionnelles,on trouve, notamment, le développement économique, l’aménagement de l’espace, l’équilibre du logement, la voirie, l’eau, l’assainissement ou la protection du cadre de vie. En aucun cas, la loi ne cite le fleurissement ou le tourisme parmi les compétences obligatoires ou optionnelles. En conséquence, le rattachement de ces missions et des services qui en ont la charge au conseil communautaire ne peut être que volontaire et doit être clairement exprimé par les communes pour être effectif.
La question est alors de trouver la meilleure répartition des compétences entre le niveau communal et intercommunal pour concilier les territoires administratifs et touristiques. Dans la plupart des cas, il faudra coordonner des actions ou des services entre les deux niveaux. Il faudra veiller à être le plus précis possible dans la rédaction des contrats ou des conventions pour éviter les chevauchements de compétences et optimiser les actions de chacun. Ainsi, ceux qui voudront participer au concours des Villes et Villages fleuris devront veiller à ne pas créer de décalage entre le territoire primé, donc candidat, et le territoire visité ou perçu.
En fait, dans ce domaine, le droit permet toutes les souplesses, à condition de respecter certains principes et un minimum de rigueur...
Directeur du service
des Espaces verts de la ville de Lyon, Daniel Boulens
explique comment les textes ont été adaptés à son service.
Le cas du Grand Lyon est l’exacte illustration de ce qui vient d’être dit. Ainsi, chez nous, les missions sont partagées pour tout ce qui concerne l’environnement et le cadre de vie.
La communauté urbaine de Lyon (Grand Lyon), créée en 1969, regroupe 55 communes et représente 1 200 000 habitants (dont 445 000 pour la capitale de la région Rhône-Alpes, troisième ville française et inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco). Ses missions concernent la direction des espaces publics et comprennent :
• la voirie urbaine, avec un service «arbres d’alignement»;
• l’aménagement des espaces publics (études);
• la propreté;
• l’eau et l’assainissement.
Les missions de la ville de Lyon sont la délégation générale au développement urbain, avec les services suivants :
• aménagement urbain;
• éclairage public;
• occupation du domaine public;
• espaces verts (espaces verts et arbres de parcs, jardin botanique, jardin zoologique, service qualité du cadre de vie, à savoir sanitaires, fontaines, monuments, «actions propreté»…).
En matière de décision politique, le maire de la ville de Lyon est président du Grand Lyon. L’adjoint à l’urbanisme de la ville de Lyon est vice-président chargé de l’urbanisme du Grand Lyon. Les orientations municipales, après avoir été débattues en arrondissement, sont proposées dans un plan de mandat pour la ville. Les demandes de prises en compte par le Grand Lyon sont faites au travers de commissions, qui analysent et arbitrent un plan pluriannuel d’investissement du Grand Lyon.
En matière de création (investissements), les opérations les plus importantes, d’ordre communautaire, sont financées à 75 % par la communauté et 25 % par la ville. La maîtrise d’ouvrage est portée par le Grand Lyon, avec un souci de qualité dans les études, et de concertation avec les élus, la population et les futurs services gestionnaires. Les opérations de proximité, ou petits réaménagements, sont financées à 100 % par la ville. Les opérations spécifiques, avec affirmation d’une volonté politique forte, peuvent être financées par la ville.
En matière de gestion, les travaux d’espaces verts exécutés par Grand Lyon, sont remis en gestion à la ville de Lyon. Les créations d’alignements d’arbres sont gérées par Grand Lyon. La compétence «propreté» est répartie entre les deux collectivités, avec une orientation générale qui réserve la propreté horizontale au Grand Lyon et la propreté verticale à la ville de Lyon. Les actions de proximité, comme le fleurissement, les animations pédagogiques, restent du ressort de la ville de Lyon.
Parmi les partenaires de l’intercommunalité lyonnaise :
• l’agence d’urbanisme intervient pour la réalisation d’études stratégiques d’urbanisme et de développement. Elle est actuellement impliquée pour l’élaboration du projet urbain;
• le CAUE assure un rôle d’expert et de conseil;
• le Conseil général gère les parcs départementaux importants (Lacrois-Laval, Parilly…);
• les réseaux privés et associatifs sont également concernés...
Aux avantages de l’intercommunalité, on peut citer :
- la suppression des frontières administratives qui ne correspondent pas à la réalité quotidienne des citoyens;
- la cohérence globale de réseaux verts;
- la mutualisation des moyens financiers;
- la réalisation de programmes ambitieux originaux, l’appel à des maîtres d’œuvre, concepteurs, artistes… ;
- les traitements administratifs et juridique solides des dossiers, tels que concours, mises en concurrence.
Ses limites sont :
- le dessaisissement des villes au profit de l’agglomération, et le transfert des ressources financières;
- une complexité accrue des liens entre les politiques et les habitants;
- la lourdeur administrative;
- les délais des programmes, des réalisations, des réponses aux habitants;
- et enfin peut-être, dans certains cas, des surcoûts.
En matière de fleurissement, la prise en compte globale des espaces verts, parcs et jardins, permet de créer un réel plan de maillage des espaces verts de l’agglomération. La répartition de la fonction de gestion par chacune des communes permet de maintenir une identité, tout particulièrement par le type d’entretien ou de décorations florales et festives. Les enjeux actuels et futurs résideront dans la manière dont sera prise en compte cette gestion, notamment l’origine des financements.
Pierre Vincent, du
Comité départemental du tourisme de la Marne, montre que les 3/4 des communes du
département sont fleuries, mais que ces actions ne rentrent pas encore dans les
prérogatives des intercommunalités.
Notre département compte 619 communes avec 250 groupements, mais 51 communautés de communes et 1 communauté d’agglomération. Lorsque certaines difficultés apparaissent dans l’embellissement de la ville ou du village, les limites des domaines de compétences, donc de responsabilité, se font jour également. Excuse, fatalité ou regret, ce phénomène n’est pas nouveau, mais il s’amplifie avec l’intercommunalité : «L’entretien de cet espace n’est plus de notre compétence»; «ce terrain ne nous appartient pas, il est à la commune voisine»... Combien de jurys de fleurissement se font ainsi répondre par les élus communaux ?
En fait, dans les dix-huit domaines de compétence d’une communauté de communes, six sont très proches des critères de notation de nos jurys : politique du cadre de vie; tourisme; protection et mise en valeur de l’environnement; aménagement des voiries; aménagement de l’espace.
Si, dans la Marne, presque toutes les communautés de communes ont choisi «élimination des déchets», «logement», suivi de près par «assainissement» et «activité scolaire», deux communes sur trois 3 ont opté pour «tourisme», «aménagement des voiries»; une sur cinq pour «protection de l’environnement»; seulement deux ont opté pour «politique du cadre de vie» et aucune pour le fleurissement.
Est ce le symptôme d’un désintérêt de nos communes pour cette action ? Bien sûr que non, puisque cette année, 464 sur les 619 participent au concours Villes et Villages Fleuris. C’est simplement représentatif de l’engagement ou des orientations stratégiques de la communauté de communes.
Alors, deux questions peuvent nous interpeller :
• cette entité est-elle l’outil adéquat, efficace pour financer, entretenir, gérer le fleurissement des communes ?
• Ou est-ce la définition de l’objet de la compétence qui explique cet écart ?
Je vous propose deux avis issus des remarques qui nous ont été faites. Dans la Marne, oui la communauté de communes est compétente pour la gestion des projets intercommunaux (entretien d’espaces d’entrée d’agglomération, aménagement des berges de rivières, projets paysagers structurants, tels que coulée verte, complexe de détente). On constate que les communautés de communes communiquent sur ces aménagements de fond, mais également dans d’autres domaines médiatiquement plus porteurs, tels que la dynamisation de l’embellissement d’ensembles hétérogènes. Elles publient des documents valorisant les opérations de fleurissement, plantations scolaires, remises de prix…On peut constater que l’image de la fleur est employée à ce niveau pour toucher le plus large public possible : celui de tous les habitants concernés. On observe, par contre, que la globalité des communautés de communes semble prendre du recul quand il s’agit de financer le fleurissement. Elles avancent alors la difficulté pour l’intercommunalité de gérer les plantations par les bénévoles : de maintenir l’identité florale des villages ou des villes (mélanges floraux…), de respecter la personnalité des villages.
Est-ce à dire que les projets des communautés de communes seraient impersonnels ? N’allons pas trop vite. Par exemple, la communauté d’agglomérations de Châlons-en-Champagne, si elle n’intègre pas le fleurissement dans ses compétences, mène une réflexion pour positionner une personnalité florale intercommunale aux yeux des habitants.
Lorsqu’on interroge les communautés de communes sur l’évolution de leur compétence, le tiers d’entre elles confirme la nécessité d’intégrer le fleurissement, afin d’augmenter la cohésion politique et relationnelle entre les communes. Cependant, toutes sont très soucieuses d’éviter que le transfert des compétences soit prétexte au désengagement des populations. Le bénévolat et l’engagement communal restent en effet la valeur sûre pour maintenir la dynamique locale et conserver l’identité paysagère du lieu où les gens vivent et créent.
Mobiliser le
bénévolat
Guy Miclo, maire de Rougegoutte
(Territoire de Belfort) a mis sur pied une association pour fleurir le village,
depuis plus de 30 ans…
Riche de 983 habitants en 2002, Rougegoutte s’est investie dans le fleurissement, voici 30 ans. Depuis, elle grimpe en tête du palmarès, avec "4 fleurs" depuis 1984, Grand Prix national du fleurissement en 1996 et participation au concours international depuis 1998, médaille d’argent et mention spéciale du jury. Il faut dire qu’ici, le souci de développement durable ne date pas de l’année passée. Huit hectares d’espaces verts sont régulièrement entretenus et tondus ; 13,5 km de rues et de voies sont décorées. Ceci permet à la commune de proposer des sentiers balisés pour de magnifiques promenades, une route des fleurs, une zone de loisirs et une forêt de 167 ha.
A Rougegoutte, chaque saison est prétexte à une mise en valeur, autour du magnifique tilleul de la place du village âgé de 400 ans, mais aussi des 740 arbustes et conifères plantés ces dernières années. Au fil des mois, ce sont au total plus de 60 000 plants de 100 variétés de fleurs qui s’épanouissent dans 161 bacs et vasques, 428 jardinières et sur une longueur cumulée de 2 km de jardinets en bordure de route. Si l’on achète 5 000 plants, les 55 000 autres sont semés et cultivés par les habitants au sein de l’association «La Rouge Bruyère». D’ailleurs, afin d’inciter un maximum de gens à fleurir maison et jardin, l’association organise chaque année, au mois de mai et ce depuis 1970, un grand marché aux fleurs. Mais, ce qui est plus original, c’est que les habitants reçoivent, dès le mois d’avril, une information sur les plantes mises en culture, avec leur nom et leur prix, ainsi qu’un bon de commande. Le jour venu, chacun peut acheter ce qu’il a prévu à des prix défiant toute concurrence, sans gaspillage ni rupture de stock !
Huit associations participent activement à l’animation de la commune en organisant de nombreuses manifestations. Comment mobilise-t-on un tel bénévolat avec une si belle réussite ? Tout cela se situe entre l’être et l’avoir. Ainsi, pour agir, il faut être mû par une passion, en quête d’un mieux-être, en recherche du beau, au mieux des autres et non au sein d’une tour d’ivoire, sincère, rassembleur en dépit des divergences, car les différences créent la richesse. Il faut avoir foi dans les autres, le sens du contact, des idées, des propositions concrètes à faire. Avoir le sens des relations, le respect des autre,; avoir le courage indispensable pour surmonter les obstacles et les difficultés inévitables. Il faut savoir se taire (pour écouter), intervenir, proposer par touches successives, travailler par étapes, mobiliser quelqu’un, un groupe, une commune. Déterminer une cause collective, revenir en arrière, se maîtriser, modifier son comportement et même sa trajectoire, s’adapter, tracer la route, conduire, montrer le chemin. Rester humble, déléguer, susciter la confiance, créer un dynamisme, être disponible, donner son temps, communiquer, tout mettre en œuvre pour réussir, non pas à titre personnel, mais en équipe. Mettre à l’honneur tous ceux qui s’appliquent à créer, quel que soit le degré de leur investissement, encourager, féliciter en maintenant toujours le cap, en visant haut, mais en adaptant les efforts (le mieux est parfois l’ennemi du bien). Savoir créer l’élan d’une vie associative, savoir enfin créer des liens et les développer.
Ariane Delilez, déléguée générale de la Fédération française du
paysage, explique l’origine de cette action, mettant en valeur les réalisations
paysagères les mieux conçues.
Avant de parler du concours, il faut présenter la Comep, association loi 1901, créée en 1995 par la Fédération française du paysage (FFP), l’Union nationale des entrepreneurs du paysage (Unep) et la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP).
Cette association a pour objet :
• d’être un organisme de réflexion et de proposition sur le devenir du paysage et de l’aménagement du territoire;
• de représenter et de promouvoir la filière paysage auprès de l’Etat, des collectivités territoriales et locales, auprès des organisations européennes et du grand public;
• d’être un interlocuteur reconnu des pouvoirs publics dans les domaines de l’enseignement et de la formation, de la réglementation et de la législation;
• de définir et préciser les règles d’éthique et de déontologie des métiers du paysage;
• d’harmoniser et coordonner les complémentarités des activités spécifiques à ces métiers;
• d’assurer la défense et la promotion des métiers de la filière du paysage;
• d’engager des actions avec leurs partenaires gestionnaires des services publics.
Cette démarche est tout d’abord le fruit du constat, qu’au fil des siècles, notre paysage a subi de multiples agressions. Pollution, industrialisation, urbanisme non maîtrisé, ont changé, dévalorisé et entaché celui-ci. Parallèlement, la dimension environnementale prenait de plus en plus de place dans les préoccupations de nos concitoyens, avec une attention croissante portée au respect du cadre de vie.
Pour promouvoir le paysage et ses métiers, la Comep a lancé, en 2000, l’opération Un Paysage en Héritage qui vise à sensibiliser les élus sur la nécessité de faire réaliser des aménagements durables, respectant et préservant à long terme les ressources naturelles, culturelles et sociales. Ceci passe par le respect du bon déroulement de la filière, en recourant notamment en amont à un architecte paysagiste. La charte, signée le 5 juillet de la même année par l’Association des maires de France, renferme huit engagements sur lesquels les professionnels du paysage et l’association se sont engagés :
- affirmer l’identité du paysage pour préserver un patrimoine qui modèle, intègre et valorise toutes les fonctions de notre développement économique, urbain et social;
- faire de la cause du paysage une ambition nationale partagée, en créant une dynamique de partenariat et d’ambition entre tous les acteurs privés et publics;
- renouveler notre approche du paysage en réinventant l’identité de chaque lieu et en le qualifiant dans ses fonctions et sa poésie propres, dans l’exigence et le respect de démarches originales;
- promouvoir une démarche de qualité. Pour l’élaboration et la réalisation de chaque projet, nous nous engageons à fonder une réponse de qualité sur un diagnostic de qualité;
- assurer la concertation et la cohérence, entre les élus qui décident le paysage, les professionnels qui le pensent et le réalisent, et les citoyens qui vivent ces aménagements;
- participer au développement du pays, en donnant une image de la France qui renforce son attractivité, en faisant de ce secteur un moteur du développement économique, touristique et de l’emploi;
- sensibiliser et former les concitoyens en favorisant la prise de conscience des fonctions et de la place du paysage;
- créer et défendre un label, en organisant et faisant la promotion d’Un Paysage en héritage, outil permettant de dynamiser la démarche, mobiliser les acteurs, développer un débat et des méthodes nouvelles.
Le concours, soutenu financièrement par l’Office national interprofessionnel des fruits et légumes et de l’horticulture (Oniflhoir), est organisé en partenariat avec le CNVVF. En 2000, le lauréat a été le Syndicat mixte du Canal de Roubaix, pour la plantation de ses berges. A l’heure actuelle, 22 opérations correspondent aux enjeux obligés, notamment la gestion sur le long terme. Les labels, décernés au cours d’une manifestation indépendante, s’intégreront ultérieurement dans la remise des prix au concours des Villes et Villages fleuris.
Concours
européen :
les enjeux et les retombées économiques et
touristiques
Gérard Lemonnier,
maire de Juvigné (Mayenne), explique comment sa
commune a profité de sa participation au concours européen…
Avec seulement 1 500 habitants, Juvigné présente la particularité d’être la commune la plus étendue de la Mayenne sur une superficie de 6 216 ha. Ceci lui confère une forte vocation agricole et il existe encore aujourd’hui 120 exploitations sur son territoire. Elle possède également certaines richesses naturelles (un bois de 25 ha équipé d’un parcours de santé; un étang de 60 ha), d’anciens greniers à blé et un musée du Moteur et de l’outil à la ferme, retraçant deux siècles de machinisme agricole.
Notre ville s’est lancée très tôt dans le fleurissement. Les débuts furent modestes, le secrétaire de mairie, aidé de deux employés communaux, effectuant lui-même les plantations des quelques œillets d’Inde, roses, reines marguerites et sauges. Pourtant, nous obtenions déjà un 1er prix national en 1967. La 4e fleur arrivait en 1993 et le Grand Prix national, en 1994. Nous étions convaincus que, dépourvus de site célèbre ou de château historique, le fleurissement nous sortirait de l’anonymat. Nous nous sommes donc lancés à corps perdu dans l’embellissement durable, en préservant l’authenticité de ce petit village : aménagement de la place de la mairie et de celle de l’église; suppression des bordures en ciment, remplacées par des buis; rénovation de la mairie et du lavoir; création du musée.
Lorsque nous avons appris que nous étions proposés pour le concours européen en 1999, nous avons senti qu’il y avait un nouveau défi ! Nous avons sollicité les avis du Conseil des Villes et Villages Fleuris pour mieux nous préparer et agir. L’effacement des réseaux, déjà envisagé, est devenu prioritaire, financé à hauteur de 50 % par des subventions. Le minéral a été aussi souvent que possible remplacé par le végétal (zones enherbées, plantations d’arbres et arbustes). La population a été mobilisée pour participer à toutes les opérations (sarclage, bouturage, plantation, arrosage, suppression des fleurs fanées…). Nous avons associé les enfants à un projet pédagogique consistant, avec les instituteurs, à identifier et étiqueter les essences recensées, avec réalisation de panneaux. Tout le monde nous a encouragés et suivis : la région, le Conseil général, la communauté de communes et le CDT. Relayés par les médias, ils ont fait de cette aventure un succès, avant même les délibérations, si bien que le 25 juillet 1999, 5 000 à 6 000 personnes accompagnaient le jury européen dans une ambiance exceptionnelle.
Les retombées sont nombreuses dans tous les domaines. Sur le plan économique, les commerces ont vu leur CA augmenter (plus de 50 % pour les restaurants), la fréquentation du musée s’est accrue et nous avons construit 30 pavillons en trois ans, ce qui a entraîné l’ouverture d’une nouvelle classe d’école. Près de 300 personnes assistent à la remise des prix communaux. Jeunes et moins jeunes se côtoient, commencent à respecter le végétal. Nous avons même commercialisé, depuis 1997, un produit touristique intitulé «Une journée à Juvigné», qui rencontre un grand succès.
Avec tout cela, nous avons conservé notre identité, notre authenticité. Je peux vous dire que je suis ravi de concourir, que si c’était à refaire, je le referais et je ne peux que vous inciter tous à suivre la même démarche.
Marc Francina, maire d’Evian (Haute-Savoie), estime que la
participation au concours européen a permis la réalisation de projets
d’envergure.
Ecrin exceptionnel entre lac et montagnes, à la croisée des chemins entre Annecy, Genève, Lyon et Lausanne, Evian jouit d’un emplacement de premier choix. 7 500 habitants y vivent toute l’année. La tradition florale y est déjà ancienne, puisque la ville arbore 4 fleurs depuis 1968, qu’elle a obtenu le prix du Président de la République en 1986, décroché le prix national successivement en 1988, 1991, 1994, 1997 et 2000 et, enfin, la médaille d’or au Concours européen, avec un prix d’honneur pour l’aménagement et l’entretien de ses espaces verts.
Ces succès correspondent à d’importants moyens mis en œuvre.
Créé en 1929, le service des espaces verts compte aujourd’hui 30 agents,
auxquels s’ajoutent des étudiants, apprentis et stagiaires toute l’année. Ils
entretiennent 18 ha d’espaces verts aménagés, répartis en 26 points, ainsi que
10 ha de talus et accotements de ruisseaux. Des serres neuves de 1 300 m2
s’ajoutent aux 1 000 m2 existants de la «nursery» et aux 500 m2 destinés à la
conservation des plantes méditerranéennes, tout ceci permettant de réaliser le
fleurissement des quatre saisons.
Le concours a été l’argument de choix que
la ville a fait valoir auprès de ses différents partenaires institutionnels et
privés pour donner un coup d’accélérateur à ses projets. Parmi les opérations
d’envergure, citons la restauration d’éléments du patrimoine (buvette Cachat, funiculaire, vieux quartiers), la réfection des
façades, la valorisation des ressources naturelles (aménagement des ruisseaux,
utilisation d’engrais naturels, promotion de l’hygiène et de la propreté
urbaine), aménagements divers (promenades, entrées de ville…).
Sur un plan citoyen, la ville a associé l’ensemble de ses habitants et ses partenaires économiques afin de donner tout son sens à l’évènement. Des actions de communications ont été menées et des fêtes organisées afin d’inciter particuliers et professionnels à fleurir.
Sur un plan promotionnel, la participation au concours a été envisagée dans un contexte touristique large, correspondant à la nouvelle image dont la ville s’était dotée en 2000. Elle a en effet coïncidé avec deux évènements de taille : la remise en route du funiculaire datant de 1907, et l’ouverture au public des jardins d’eau du Pré Curieux.
Les retombées économiques et touristiques sont indéniables et la médaille d’or a été une valeur ajoutée. Nombre de particuliers et d’acteurs économiques ont choisi ce moment pour investir, rénover et aménager, tandis que l’identité de la ville se forgeait et que les habitants ressentaient une légitime fierté.
Marie-Claude Gaudriault, de l’Agence française d’ingénierie touristique,
revient sur l’étude, réalisée en 2001, sur le tourisme de jardins en
France.
L’AFIT, sous tutelle du ministère de l’Environnement, représente toutes les instances et les professionnels concernés par le tourisme. Dans le secteur de l’environnement, elle met au point des outils pour piloter le tourisme durable dans les entreprises et les territoires, par des rencontres avec les professionnels du voyage, de l’hébergement, du conseil; elle s’intéresse à la gestion des sites et du patrimoine naturel.
Les 25 millions de visiteurs annuels de jardins justifient une étude pilotée en 2001 par nos soins. Réalisée par Michel Racine et Marguerite Blandignères, elle nous a permis d’avoir une image précise de l’évolution de ce tourisme par rapport à l’étude précédente, réalisée en 1994 (un tiers des ouvertures se situe entre 1990 et 2000). Sept cents propriétaires privés et publics ont été contactés, avec un taux de réponse de 50 %.
- Si la moitié des lieux s’ouvre à la saison classique Pâques/Toussaint, l’autre moitié est visitable toute l’année et les Français apprennent à découvrir les jardins en hiver. Ce phénomène est représentatif d’un fort souci en faveur de l’environnement.
- La propriété et la gestion sont à 50 % privées, 50 % publiques. A côté des grands domaines de l’Etat, comme Versailles, certains jardins privés, tels Villandry (350 000 visiteurs par an) et Giverny sont devenus de véritables institutions touristiques.
- 70 % des jardins sont associés à un château, un musée ou un équipement culturel, donc 30 % sont un patrimoine à part entière.
- Le jardin, c’est à la fois une passion et une charge. Il exige de la part des propriétaires un investissement personnel, en temps et en argent, énorme. Le bénéfice est ressenti plus en termes d’expression personnelle que financier. L’ouverture au public coûte plus qu’elle ne rapporte et le prix d’entrée (entre 5 et 8 euros, 10 pour les plus grands) ne suffit pas pour équilibrer les dépenses, même lorsque les sites accueillent 10 000 visiteurs par an. La plupart des propriétaires estiment d’ailleurs qu’un tarif trop bas dévalorise le jardin.
- Pour compléter l’attractivité et la rentabilité, la moitié des sites propose une autre activité ou un commerce : boutique, cafétéria, pépinière ou location d’espace (60 % des recettes). Il faut absolument élargir l’offre, en s’inspirant de l’expérience anglaise où la proposition des boutiques est tout à la fois très ciblée et bien diversifiée.
- Sur les 405 jardins enquêtés, seuls 17 accueillent plus de 100 000 visiteurs. La proportion d’étrangers est de 16 %, mais certains sites de Normandie et du Val de Loire (les plus beaux) en reçoivent près de 50 %, notamment des Anglais. Il y a là une clientèle internationale à capter.
- Les évènements, manifestations, fêtes de nuit… coûtent cher, mais ils permettent de communiquer différemment sur le jardin, et font revenir le public local.
- Au cours des dix dernières années, plus d’une cinquantaine de femmes se sont exprimées dans les nouvelles créations et l’organisation de réseaux d’échanges et de promotion.
En conclusion, il s’agit d’une véritable activité économique, mais les acteurs privés ne peuvent s’en sortir sans un soutien des collectivités territoriales qui doivent créer une synergie entre grands et petits jardins, et favoriser leur communication et leur promotion.
Mariette Darigrand, sémiologue (Des faits et des Signes), a analysé
le lectorat du guide «Balades», édité par le CNVVF.
La cinquième édition du guide annuel Balades dans les villes et villages fleuris a été l’occasion de faire un premier bilan. Celui-ci met effectivement en évidence l’existence d’une population nouvelle que l’on peut nommer les nouveaux touristes du jardin.
Ils constituent un groupe nouveau et intéressant, pour leur
pouvoir d’achat comme pour leur modernité de comportement (âge moyen 48 ans,
féminin à 59 % et plutôt aisé). Ils vivent en maison individuelle avec jardin et
investissent dans celui-ci 290 euros annuels. Ce sont des actifs de la nature.
Bien entendu, ils jardinent, mais cette activité relève non d’une démarche
militante, mais bien davantage d’un art de vivre. Leur intérêt va avant tout aux
fleurs (65 %). On est loin de l’univers de l’agriculture et plus proche de celui
de la décoration.
- A 77 %, ces amoureux de la France quittent leur domicile
pour un séjour itinérant, au moins une fois dans l’année (55 % entre 2 et 5
fois). Ces séjours s’organisent en fonction des sites à visiter (culturels 13 %,
naturels 43 %), ce qui démontre à la fois une forme de passion pour les jardins
et un grand dynamisme personnel.
- Ils habitent la province qui bouge et privilégie la qualité
de vie. 75 % des sondés sont incités à fleurir leur jardin par le panonceau Ville ou Village fleuri.
L’étude a permis de mettre à jour une série d’attentes que les acteurs du fleurissement pourraient regarder comme autant de pistes d’offres à développer.
- Autour du voyage, des parcours thématiques, comme la France des jardins médiévaux, les roses trémières et les îles de l’Atlantique, la Route du mimosa…
- Autour de l’apprentissage, stages d’horticulture (54 % des sondés), ateliers, conférences, l’art du bouquet…
- Autour de la décoration : démonstration de création de jardin, nouveautés, légumes à redécouvrir…
- Autour du plaisir multiple : journée conjointe des jardins et des grands restaurants, stage de jardinage et Fête du foie gras, concerts dans les jardins…
Pour les personnes questionnées dans cette étude : «Avec le jardin, on augmente le plaisir de
vivre, on oublie l’effort».
Pascal Garbe, architecte paysagiste, chargé de mission Jardin, au
CDT de Moselle, martèle qu’il faut continuer à promouvoir les
jardins.
Effectivement, en France, le tourisme des jardins est un phénomène nouveau. En 1991, date de la première publication du Guide des Jardins en France, chez Hachette, cette activité était l’apanage de quelques érudits. Petit à petit, un effet de mode et un public de plus en plus intéressé ont suscité de nombreuses ouvertures et créations. Néanmoins, l’une et l’autre, ainsi que le développement de produits touristiques, demandent l’intervention de professionnels.
Plusieurs secteurs sont concernés : formation des propriétaires et des jardiniers, marketing, communication, sans oublier les activités connexes (signalétique, restauration, hébergement…). Dans ce cadre, les CDT ont un rôle important à jouer et leurs actions peuvent se développer selon deux axes majeurs, la promotion et l’adaptation du produit jardin aux besoins de la clientèle. Promotion d’abord, car on constate que certains jardins, même remarquables, se trouvent pénalisés en raison de l’absence de points d’accès, de signalisation et d’environnement touristique porteur. Adaptation ensuite aux attentes pour séduire et retenir les visiteurs.
Aujourd’hui, les initiatives ne manquent pas et ne se bornent plus simplement à l’édition d’une brochure de présentation. On commence à parler de charte de qualité (régions Centre et Normandie, département de la Moselle), et de produits associés.
- Par exemple, avec le slogan «Ma Ville est un jardin», Menton se construit sur une identité capable de susciter un séjour : jardins d’exception, jardin botanique, jardin philosophique.
- L’expérience «Jardins sans frontières en Moselle» mise en place avec les Sarrois, est une véritable réussite, avec une forte image et de nombreuses manifestations. Ceci correspond à l’attente de nos voisins qui sont très demandeurs de ce genre de circuits.
- Les interventions soutenues de la région Centre/Val de Loire ont permis la création et la réhabilitation de nombreux jardins.
- Il en est de même dans la Marne, avec l’ouverture au public de jardins privés pour valoriser le label Département Fleuri.
- Le Loiret assure une promotion de ses jardins renommés (Orchaise, Les prés des Culands, roseraie d’André Eve, parc floral de La Source...) sous forme d’affiches, dépliants, commercialisation de produits spécifiques par Loisirs Accueil Loiret.
-Une collaboration inter-régionale Nord-Aisne/Hainaut, permet, grâce à des fonds européens, la valorisation des jardins par la création d’espaces d’accueil.
Si de nombreux autres départements commencent à mettre en route des actions similaires, le tourisme des jardins n’en est qu’à ses balbutiements. Cependant, il est capital de professionnaliser le secteur et de former, voire d’assister les maîtres d’ouvrage qui souhaitent ouvrir un jardin au public. Les aides ne doivent pas se limiter à de simples subventions, mais à accompagner et mettre en réseau. Les CDT pourront alors aider les maîtres d’ouvrage à un positionnement concurrentiel et qualifier les services offerts aux visiteurs.
Mariette Siefert, conseillère régionale d’Alsace, présente la manière dont, en 2001, le CRT a décidé de relancer le tourisme des jardins.
Les objectifs de la région sont de faire connaître ce patrimoine, résultat d’un savoir-faire unique, aux Alsaciens et aux touristes. Chez nous, 653 communes participent au concours et environ 4 millions de plants de pélargoniums sont vendus chaque année, dont 400 000 certifiés, l’activité horticole représentant 200 emplois. Il s’agit aussi de diversifier l’offre de la région, en répartissant les flux sur d’autres territoires que la Route des vins, et d’augmenter la durée des séjours en répondant aux nouvelles attentes du public.
L’Alsace offre, aujourd’hui, une centaine de parcs et jardins référencés, dont 28 sont protégés au titre des Monuments historiques (jardins du Château de Kolbsheim, parc de Wesserling...). Outre ces derniers, les passionnés peuvent alterner jardins médiévaux, monastiques, botaniques, roseraies, parcs publics, arboretum, jardins privés… L’édition, en 2002, d’un guide, intitulé Le Temps des jardins, porte à la connaissance de tous, l’adresse et les particularités de chacun d’entre eux (67 % sont situés dans le Bas-Rhin, 37 % dans le Haut-Rhin). En 2003, ce guide transfrontalier sera édité en trois langues.
Désormais, la visite de jardins est intégrée dans les offres touristiques et près de 80 000 visiteurs ont été recensés en 2002. Nous comptons intensifier notre action par une aide accrue à la mise en valeur et à l’ouverture d’autres jardins privés. Notre point d’orgue sera la création d’un événement phare «Jardins et Lumières».
ATELIER 2 : «Et si on mettait la campagne dans la
ville ?»
De la nature
en ville, mais quelle idée !
Emmanuel Boutefeu
travaille au Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les
constructions (CERTU) de Lyon, département Environnement. Il revient sur un
sondage CSA, effectué en 1999, sur les attentes en termes de qualité de
vie…
Entendons nous d’abord sur la signification du mot nature. Il englobe l’ensemble des choses qui n’ont pas été créées par l’homme et qui fonctionnent spontanément sans son intervention. En un mot, la nature c'est la vie.
À la demande du ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer, l’institut de sondage, CSA opinion, a conduit une enquête sur la qualité de vie des villes auprès d’un échantillon national représentatif de 1 034 personnes, âgées de plus de 15 ans. Les enseignements de ce sondage, publié en juin 1999, font ressortir que la ville idéale serait pour les Français, une cité harmonieuse, à visage humain, entre hyper-urbanité et ruralité perdue.
S’ils doivent s’installer en ville, les Français cherchent avant tout à avoir des espaces verts à proximité de leur logement (38 %). C’est le premier critère de choix évoqué par les personnes interrogées (la sécurité vient en première place en 2002 !).
Si l’on essaye de cerner plus finement la notion de qualité de vie, en interrogeant un panel d’acteurs urbains, par le biais d’entretiens semi-directifs (élus, techniciens, habitants), la qualité de la vie est associée à la notion de proximité, de voisinage, d’environnement immédiat. Les enquêtes montrent, avec une belle régularité, que les squares équipés de jeux d’enfants, les parcs et les jardins, sont des infrastructures vertes essentielles à la qualité de la vie, au même titre que les commerces de proximité, les écoles, les transports en commun, les postes de police….
Mais, parler de la qualité de vie, c’est aussi évoquer la qualité de son logement, l’environnement de son quartier (bruit, pollution). Cette notion fait donc intervenir des approches objectives (sphère de la vie matérielle, conditions de vie) et des approches subjectives (sphère de la vie personnelle, des préférences individuelles).
Dans les ordres de priorité qu’émettent les Français à l’égard de la qualité de vie, la protection des paysages, du littoral et plus encore de la montagne, relèverait d’une grande cause nationale. Ainsi, le paysage recouvre une signification positive pour 73 % d’entre eux. D’emblée, il est immédiatement associé à un idéal d’harmonie et de perfection.
Une nuance est à apporter. Tous les paysages ne sont pas beaux, certains sont disqualifiés et mal aimés, tels les grands ensembles et bâtiments industriels. La ville n’est jamais mentionnée comme relevant d’un paysage.
Si l’on cherche à approfondir les ressorts des modèles paysagers, il ne fait aucun doute que la composante végétale, le style d’agencement des unités paysagères (alpage, forêt, maquis), les lignes de force du relief (vallée, falaise, côte) appartiennent au monde de la nature dans l’imaginaire collectif.
On voit que le triptyque "qualité de la vie/paysage/nature" fonctionne selon des gradients (artificiel/naturel), des glissements (proche/éloigné) et à des échelles territoriales différentes (quartier, ville, terroir-pays, région).
Ce glissement du paysage vers la nature n’est jamais neutre.
Selon la définition de la convention européenne du paysage, le premier est :
«Cette portion de territoire perçue par
les populations, dont le caractère résulte de l’action des facteurs naturels
et/ou humains et de leurs interrelations».
J’insisterai volontiers sur le terme perçu. Nous avons vu que le paysage naturel est porteur de sens (beau/laid, connu/inconnu), d’identités (calme/bruyant, riche/pauvre), d'images. Les mots "nature, naturel" bénéficient d’un affect (on aime, on n’aime pas) et d’une représentation symbolique chargée d’un effet miroir qui rejaillissent sur les espaces verts urbains.
Dans une enquête menée sur des jeunes "en difficulté", habitant la ville de Jouy-le-Moutier dans le Val d’Oise, la sociologue, Sophie Laligant, montre avec brio que le lexique du monde végétal et de l’environnement élaboré par ces jeunes est très éloigné de la typologie des espaces verts mise au point par l’Association des ingénieurs et techniciens de France (AITF).
Aucun n’envisage que sa ville puisse avoir une quelconque valeur paysagère. À leurs yeux, la zone urbanisée de Jouy-le Moutier constitue un espace fermé, synonyme de ghetto.
De même, les espaces verts (squares, plaine de jeux, jardins publics) sont relégués au rang de décor. Les terres agricoles limitrophes à la zone urbanisée sont désignées sous le terme de terrains vagues. Les jeunes n’y stationnent jamais, "il n’y a rien qui se passe", affirment-ils en cœur. En revanche, en périphérie des terres agricoles subsiste un bois municipal géré de manière extensive que les jeunes investissent en toute liberté. Ils l’appellent le Zaion, un mot d’origine jamaïcaine emprunté à une chanson de Bob Marley intitulée "Iron Lion Zaion (1973)". Les plus jeunes s’y rendent en groupe. Les plus âgés y vont seuls et forment des groupes sur place. Les filles n’y vont qu’exceptionnellement.
En conclusion, d'un côté, la ville n’est pas un paysage. Cette appellation est réservée à la campagne cultivée et aux paysages champêtres pour une majorité des Français (nature campagne). De l'autre, les habitants des grandes villes réclament plus d’espaces verts et de contact avec la nature. C'est tout à fait paradoxal. La plupart des Français sont intimement persuadés que la ville est dépourvue de nature. Elle serait un désert. Et pourtant, la nature est très présente dans notre société : elle est si souvent convoitée, mimée, rêvée, idéalisée.
Voici donc les paramètres sur lesquels il serait utile d'intervenir pour réconcilier le vieil antagonisme ville/nature.
Enfin, voici quelques impressions et perceptions qui m'ont été rapportées par des jeunes immergés pendant une demi-journée dans un espace boisé proche de Lyon. Je leur ai demandé de noter par écrit "tout ce qui leur passait par la tête". Les mots revenant le plus souvent sont beaucoup : beaucoup de chants d'oiseaux, beaucoup de plantes sauvages, beaucoup d'animaux.
En définitive, on peut se demander s'il ne serait pas opportun d'introduire beaucoup de vie naturelle pour enchanter la ville ?
Pour en savoir plus, voir l’ouvrage du CERTU «Composer avec la nature en
ville» !
Nature sauvage ou
campagnarde ?
Pour certains (jeunes 18/25 ans), la nature est incarnée dans les paysages sauvages. C’est le fameux «wilderness» des anglo-Saxons. En France, les Alpes, le massif du Mont-blanc, les massifs de la Vanoise, des Écrins et du Mercantour (vallée des Merveilles) jouissent d’une image forte, du renom inhérent au label parc national. Cette nature authentique, pure, intacte, riche, diversifiée, n’est pas sujette aux dégradations que la société fait subir aux régions habitées.
Pour d’autres (agriculteurs, commerçants, retraités), la nature se confond avec la campagne doucement ondulée, la forêt, l’étang, le pré fleuri, le champ de blé. Un beau paysage est une campagne patiemment façonnée de génération en génération. Ce type de paysage perdure au prix d'un effort et d'un travail constants. L’enfrichement des terres abandonnées à elles-mêmes est pour cette catégorie sociale synonyme de négligence et de laisser-faire. Le retour de la broussaille est souvent mal vécu.
Pour d’autres enfin (adultes urbains, cadres supérieurs), la nature est symbolisée par un parc
On voit donc s’établir des positions plus ou moins marquées :
· en premier lieu, il existerait la "nature naturelle". Elle occupe une place prépondérante dans les évocations du paysage, dont les jeunes seraient les représentants;
· en second lieu, il existerait la "nature campagne", dont les agriculteurs seraient le groupe social le plus représentatif;
· en dernier lieu, il existerait la "nature jardin", que l’on trouve dans les parcs, les jardins, les espaces verts produits par les services techniques des villes.
Les mots-clés les plus couramment associés à la nature sont "pureté, beauté, calme, liberté, espace". Ce sont ces attributs intrinsèques que les habitants espèrent trouver dans les espaces verts. Malheur aux parcs et jardins qui s'éloignent de ces visions, ils sont immédiatement disqualifiés.
- Pureté : la propreté est un critère essentiel de la naturalité d'un lieu. Toute réduction de la fréquence des interventions de nettoiement est pointée du doigt. Un espace vert souillé de déchets ménagers contribue à nourrir un sentiment d'insécurité qui croît avec l'âge des usagers.
- Beauté : les usagers souhaitent ardemment que les référents urbains soient gommés.
- Calme : ils aspirent à trouver le calme dans les parcs et jardins. Les nuisances sonores de la circulation automobile, les bruits des engins d'entretien sont dénoncés sans relâche.
- Liberté : les usagers veulent pouvoir accéder à des pelouses autorisées, pratiquer des activités sportives de plein air sans contrainte ni interdit.
- Espace : les usagers aiment les grands parcs, les paysages naturels non travaillés.
Jean Wohrer, secrétaire général de la section semences potagères
et florales du GNIS, explique comment le prix du décor potager a été mis en
place dans la droite ligne des nouvelles orientations du concours de
fleurissement.
Le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) est un organisme parapublic sous tutelle du ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Au niveau de la section Plantes potagères et florales, il réalise, depuis plus de quinze ans, des actions de développement décidées par les professionnels. Les thèmes en sont «Pour une meilleure qualité de vie, vivons au potager», «Jardinons à l’école», «Ouvrons la ville aux jardins familiaux». Dans le cadre de ces actions, il met au point et diffuse des dossiers d’information, des fiches, des animations pédagogiques (au sein des écoles), des brochures et films vidéo pour sensibiliser les élus et les responsables techniques des collectivités locales.
Lorsque le CNVVF a entrepris sa mutation, nous avons voulu nous associer à sa démarche en cherchant quel lien nous pouvions créer entre lui et les jardins familiaux, au développement desquels nous sommes très attachés. Et nous avons décidé de créer deux prix à l’intérieur du concours, associant systématiquement le potager et les fleurs. Le premier, intitulé prix du décor potager, récompense une commune qui a utilisé de façon originale et remarquable des semences potagères ou des plants de légumes. Les critères de sélection retenus sont la qualité et l’originalité de la mise en scène; la diversité des légumes et des plantes aromatiques présents; l’information du public (signalisation, actions de sensibilisation, animations…). Le second récompense les communes qui ont une politique remarquable en matière de jardins familiaux collectifs, incitant, motivant et aidant les associations à aménager leur environnement : c’est le prix du Fleurissement des jardins familiaux collectifs. Ces derniers doivent être fleuris, bien sûr, mais ils doivent être conçus de manière harmonieuse, présenter une véritable qualité environnementale, et enfin être accessibles dans des conditions appropriées au public (journée «portes ouvertes», visites, animations…). La mission sociale et pédagogique des communes au travers de ces jardins est très importante et nous souhaitons qu’un très grand nombre d’entre elles se présentent au concours.
Jean-Claude Berten, vice-président général, chargé de la gestion et de
l’aménagement des centres de jardins familiaux, estime que le jardin «est un
espace entre nécessité en contingence».
Comme vous le savez, les jardins familiaux, créés par l’Abbé Lemire, à la fin du XIXe, ont eu un immense succès jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale (700 000 parcelles), avant de subir un énorme déclin. Dans les années 1980, la demande individuelle est réapparue, tandis qu’elle s’inscrivait dans la nouvelle politique des villes associant urbanisme, action sociale et qualité de vie.
Les vertus pédagogiques du jardin sont irremplaçables : espace d’apprentissage multiple, il réapprend la notion du temps, de la solidarité, de l’autonomie. C’est aussi l’école du mieux-être. Il n’est pas rare que des parcelles soient mises à disposition des écoles. Les enfants les cultivent avec joie et les jardiniers sont les premiers à les conseiller.
Mais, le jardin est aussi un espace entre nécessité et contingence. Le sociologue, Daniel Cerezuelle, estime l’impact économique d’un jardin de 200 m2 à près de 760 euros. Posséder un petit bout de terrain, pour ceux qui habitent dans les ensembles des grandes villes, permet aussi de s’évader un peu, de changer de vie.
A côté des traditionnels jardins familiaux, s’est greffée une autre forme d’action sociale, initiée par Eric Prédine, qui apporte également insertion et solidarité. Le jardin collectif réunit sur une même parcelle plusieurs personnes auxquelles il va redonner une capacité d’agir valorisante. D’autres créations très positives concernent une population autiste, des enfants handicapés; l’intégration d’une population multiethnique par le biais d’un jardin en pied d’immeuble…
Les jardins familiaux peuvent contribuer au développement durable. Leur aménagement les fait rivaliser avec les espaces verts auxquels ils sont aujourd’hui assimilés. Inscrits à l’interface des loisirs et de la nature, ils sont considérés comme un facteur d’intégration, d’une occupation économique de l’espace avec la préservation de l’environnement. Ils permettent de valoriser à peu de frais des emprises laissées à l’abandon, et évitent en même temps la création de zones de nuisance, d’insécurité.
Jérôme Clément,
urbaniste, responsable du bureau d’étude de la Fédération des jardins familiaux,
pense qu’il faut élargir le mode de fonctionnement des jardins
familiaux.
La physionomie des jardins, créés aujourd’hui, a beaucoup changé. Inscrits dans le bâti, ils participent à l’ensemble de l’aménagement urbain. Par exemple, aux Hautes Bruyères, à Villejuif, on a fait appel à Renzo Piano, l’architecte de Beaubourg. Sous l’impulsion des collectivités locales, les opérations sont montées en concertation avec les concepteurs, les associations. Paysagiste et architecte travaillent en interface. Les parcelles sont considérées comme des espaces de transition. On prend en compte leur intérêt social, environnemental. La superficie et le nombre de lots sont réduits : 30 à 40 unités sont plus faciles à gérer que 300, de même que des mini-jardins de 20, 30 voire 50 m2 créent une vraie proximité et favorisent la convivialité. Ces petites surfaces font émerger de nouvelles formes de jardinage : il ne faut pas oublier qu’on a affaire à des amateurs. Bien conçus, les jardins familiaux constituent un élément positif pour tous : riverain, utilisateur, promeneur. Mais, il faut aussi trouver un autre mode de fonctionnement : ouverts à la promenade, ils doivent préserver l’intimité du jardinier qui ne doit pas se sentir exposé comme au zoo. Il y a également une exigence d’esthétique. Il faut travailler sur le site, le type des habitants. Dès l’étude, il faut penser à la gestion, au contrat entre la collectivité et l’association, et au contrat entre celle-ci et le jardinier. Actuellement, une expérience, menée sur une dalle au Pont de Sèvres, à Paris, remporte un tel succès qu’on va ouvrir d’autres espaces dans le même esprit. La demande ne cesse de croître. Deux mille personnes sont en attente en région parisienne, ce qui équivaut environ à 5 ans.
Les jardins familiaux ne sont plus des jardins pauvres pour
des gens pauvres, ils ne sont ni de droite ni de gauche. Ils sont devenus
plaisir. Une fois décidés par la volonté des élus, en réponse à la demande, ils
sont gérés par des associations qui agissent en démocratie directe. On est
encore en plein dans le bénévolat.
J.P.
Collaert
Financement des
jardins
Pour un jardin en pied d’immeuble, remplaçant le carré de
pelouse anémiée, le foncier est souvent cédé au franc symbolique. Après, il faut
investir dans l’aménagement. Les financements existent : conseil régional,
fonds européens, CAF… Une parcelle de 150 m2 dotée de tous les équipements
collectifs de qualité (voirie, arrosage…) revient entre 3000 et 6000 euros la
parcelle.
Nicolas Derache, du service Espaces verts de Sailly-sur-la-Lys, présente Chantier
Nature.
Chantier Nature est une association, créée par Guy Hascoet (ancien secrétaire d’Etat à l’économie solidaire), en 1990. Elle a pour objectif d’améliorer et protéger le cadre de vie dans l’application de la Convention de Rio, des Nations Unies. Elle travaille, notamment, à la création d’emplois verts et durables, ainsi qu’à la sensibilisation et la pédagogie auprès des écoles. Chantier Nature est financée par le Conseil régional du Pas-de-Calais.
Concrètement, après avoir établi, à Sailly-sur-la-Lys, une cartographie des zones que nous appelons «de prestige» et «naturelles», nous essayons de maintenir celles-ci en l’état. Dans la première catégorie, nous rangeons gazons et aires de jeux, pelouses, trottoirs et caniveaux, arbres d’alignement, fleurissement. Dans la seconde, prairies et friches, haies champêtres et boisements, accotements et routes, zones humides, chemins. En pratiquant le fleurissement raisonné, nous respectons la biodiversité, utilisons la terre vivante en limitant le hors-sol, économisons les ressources en eau, utilisons les essences spontanées du territoire, protégeons la ressource en matières organiques du sol, la sociologie de la faune et de la flore, et enfin valorisons le travail de l’homme. Tout ceci peut sembler bien ambitieux et irréaliste. Cependant, en utilisant des essences du territoire, on économise l’eau, car elles sont adaptées à celui-ci. Les variétés anciennes non hybrides portent en elles le message de vie en accomplissant leur cycle végétatif complet avec leurs insectes auxiliaires, indispensables à la vie. Il faut délaisser le pulvérisateur, en se rappelant qu’il n’y a que de 7 à 8 % d’insectes ravageurs et 45 % d’insectes auxiliaires. Les autres sont acteurs du cadre de vie, comme les papillons. L’équilibre entre la faune et la flore est important. Il est plus passionnant d’utiliser la mésange contre les pucerons qu’un produit dont les molécules mettront des décennies à se dégrader.
A Sailly-sur-la-Lys, dont les eaux sont hautes la moitié de l’année, nous avons implanté, avec l’aide de l’Ademe, une installation qui nous donne du compost en six semaines et nous permet de fonctionner uniquement par amendement, même pour les zones engazonnées. Nous utilisons les branches broyées en couvre-sol (plus précisément du chanvre qui ne provoque pas d’acidité, casse les dents des rongeurs et limite les maladies cryptogamiques). Nous pratiquons le fauchage tardif des prairies (après le 14 juillet), afin de donner leur chance aux essences spontanées que nous utilisons aussi dans les massifs. Ceux-ci accueillent également quelques témoins de l’histoire, tels un semoir, une roue. Les plantes indigènes fleurissent moins longtemps, mais nous les choisissons quand même, en les laissant parfois monter à graine. Les techniciens ont une formation à l’écologie qui leur permet, par exemple, de déterminer quels chardons il ne faut pas couper. On ne tond pas, même aux abords des résidences.
Il est bien évident que tout cela implique un gros travail d’information auprès de la population. On lui réapprend que la nature, c’est la diversité : insectes, oiseaux… Que le regard n’est pas seul à participer, mais aussi l’ouïe, l’odorat, le toucher. Avec la suppression de la taille dans l’allée de tilleuls, la chouette hulotte est revenue. Cet été, nous avons vu réapparaître les cigognes. Avec la suppression des pesticides, dans le cimetière, la flore spontanée s’est réinstallée, mais nous avons dû revenir à un entretien plus drastique, car les anciens considéraient cette apparente négligence comme une offense aux morts.
Le fleurissement raisonné veut simplement interpeller les consciences, pour que le tout économique ne se fasse pas au détriment de l’environnement et que la notion de qualité ne s’arrête pas seulement au visuel.
Il me vient ici une idée : et si les jurys du fleurissement intégraient dans leurs effectifs un ornithologue pour la diversité des oiseaux, un entomologiste pour la protection des insectes, un écologiste pour la liaison entre les fleurs et la nature, un botaniste pour l’utilisation de la flore spontanée, un élu de la région ou du département pour l’observation de la diversité et du respect des identités… ?
Jacques Postic, président de l’Association française des directeurs
de jardins et espaces verts, montre comment, à Lorient, la nature a réinvesti la
ville.
Port créé en 1666 par Colbert pour la Compagnie des Indes, la ville de Lorient fut construite entre le marais et la mer. En 1943, elle était bombardée à 90 % par les alliés pour détruire la base des sous-marins allemands. Reconstruite dans les années 1950/1960, elle reste un port militaire, base de repli des monocoques et multicoques. En 1977, il y avait un énorme travail à faire pour y réintroduire la nature et nous nous y sommes attelés. Cela nous a demandé vingt ans. Tout le centre a été repris, ainsi que les trois ZUP. Comme les entrées de la ville étaient difficiles, nous avons créé une «pénétrante» de 4 km, qui avance lentement dans Lorient et nous l’avons habillée. Les travaux ont été menés en étroite collaboration avec la DDE pour la voirie, le SEV étant maître d’œuvre pour la partie paysagée. 50 000 m3 d’argile ont été déblayés et réutilisés en remblayage de talus, avant d’être recouverts de terre végétale. Toutes les zones séparant cette route des habitations des quartiers traversés furent boisées, que ce soit en forestiers, arbres d’alignement ou pins, tamaris et graminées rappelant les dunes du littoral.
L’ajonc s’y est installé et nous l’avons laissé prospérer : il fleurit de novembre à avril et supprime la tonte. Dans les zones naturelles, les poneys remplacent le fauchage. Echangeurs et ronds-points ont été traités de la même manière, avec quelques touches florales, sans oublier le jardin de collection Chevassu, qui a sauvegardé de grands feuillus lors des travaux.
En complément de cette pénétrante, nous avons créé, en 1980, cent dix parcelles de jardins familiaux qui fonctionnent parfaitement bien (la location perçue permettra le remplacement des abris le moment venu), aménagé un parc boisé de 10 ha, mis en valeur un grand espace naturel de 80 ha, planté 600 arbres au pied des immeubles, enrichis récemment par la présence de rosiers paysagers, car les habitants souhaitaient une touche de couleur.
La voie express permet d’atteindre le littoral de l’Atlantique et de découvrir un parc océanique de 100 ha en bord de mer, à Larmor-Plage, ainsi que 15 km de côtes où nous aménageons des sentiers côtiers et une piste cyclable, tout en protégeant la flore dunaire et les marais d’arrière-dune.
Enfin, cette coulée verte se termine au port de Lorient, en centre-ville, où des boulevards très larges nous ont permis de récupérer deux mètres de bande centrale, plantée d’arbres et de vivaces, notamment le peuplier blanc, seul arbre supportant l’eau salée des grandes marées.
Michel Radelet, président délégué du Conseil national des Villes et
Villages fleuris
Je veux remercier aujourd’hui tous ceux qui participent au fleurissement, tous les présents et les intervenants. Croyez que nos nouveaux administrateurs et notre nouveau Conseil d’orientation ont tout écouté. Il y a beaucoup à faire pour que les critères d’évaluation soient les mêmes à tous les niveaux et que le sentiment d’injustice disparaisse, mais nous allons nous attacher à mettre au point une stratégie cohérente. Pour cela, il faut impliquer dans les jurys nationaux des membres des jurys régionaux, et dans ces derniers des membres des jurys départementaux. Il va falloir aussi prendre en compte les nouvelles structures administratives. Des mots très forts ont été prononcés : métier, conviction, passion, implication, patience, échange d’expérience, formation, information. L’information et la formation vont être mises en place. Notre action va devoir se porter sur l’accueil dans les gares, les aéroports. Il nous faut aussi prendre en compte les apparentes contradictions entre ville verte et ville fleurie. Il nous faut enfin travailler avec tous les acteurs du tourisme.
La tâche est immense, mais nous l’envisageons avec enthousiasme et confiance, car nous avons tous le même objectif et nous nous aiderons mutuellement à l’atteindre.